L'installation aménagée au sein de la grande salle du rez-de-chaussée du bâtiment limpide dessiné par Jean Nouvel pour la Fondation Cartier pour l'art contemporain s'intitule La Chute. Elle a pour ambition de dévoiler la nature de celle-ci, à savoir un micro-univers cristallisant les dimensions d'un moment précis, bien qu'abrégé. Dans un espace mesurant environ 16 x 20 x 7,5 m, fermé sur trois côtés par des panneaux de verre allant du sol jusqu'au plafond, une construction spéciale a été réalisée - manifestation à la fois physique et hypothétique de la chute.
Afin de mieux comprendre, imaginons que la salle d'exposition s'effondre soudain, et que le plafond tombe vers le sol. Cet effondrement peut avoir diverses raisons - défauts de construction ou de conception, explosion d'une bombe ou quelque autre phénomène tout à fait imprévu. La structure du bâtiment et les matériaux qui le soutenaient en résistant à l'impératif de la chute succombent brusquement à l'attraction gravitationnelle. Ils cèdent et sont précipités vers le centre de masse de la planète. La gravité n'est ni plus ni moins qu'une accélération due à l'attraction des masses. Dans le cas présent, la valeur de cette accélération est de 9,8 m/s. Au cours de la première seconde, le plafond de la salle s'éffondre de près de 5 mètres. Au bout de la deuxième, il se retrouverait à quelque 7,5 mètres sous le rez-de-chaussée, au niveau des nombreux sous-sols de la Fondation Cartier. Le plafond de ces derniers ralentit cependant sa chute, tandis que les étages supérieurs se heurtent à la résistance de la structure souterraine. Reste que cet effondrement se déroule en moins de deux secondes. Trop vite pour être perçu à l'œil nu, certes, mais pas suffisamment pour être conceptualisé. Tel est l'espace-temps de la chute : sa brièveté ne s'appréhende que par l'imagination.