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Une signalétique inédite requalifie le tissu urbain dun quartier de Lille et offre un nouveau système de communication aux différents groupes de population.
La commande : Depuis 1995, le département de Droit affilié à luniversité de Lille 2 occupe, au cur du quartier populaire de Moulins, les locaux dun ancien bâtiment industriel réaménagé. La population des étudiants ne sintègre que fort peu avec celle du quartier. Par ailleurs, le Jardin Botanique, situé à proximité de cette partie de la ville, tout en en étant séparé par une route nationale, nest que fort peu fréquenté dans la mesure où aucune signalétique précise, nen mentionne lexistence. Le doyen de la faculté souhaite intégrer pleinement son établissement dans le tissu social et permettre aux différents groupes de population de se rencontrer. Des manifestations ponctuelles de type socio-culturelles ont déjà été mises en place dans ce but. Afin de mener à bien son projet et de susciter un vrai changement dans les attitudes, il envisage, en collaboration avec le Foyer de jeunes travailleurs et de lAtelier populaire durbanisme, de faire intervenir un artiste pour requalifier et valoriser le tissu urbain et social. Une sensibilisation à lart contemporain, tant dans les écoles, que par lintermédiaire de la Médiathèque ou de la Maison du quartier, accompagne ce projet, à même de rassembler la population autour dune même perspective.
Lartiste : le médiateur propose de faire intervenir Matt Mullican. Dès ses premières performances réalisées alors quil est encore étudiant (California Institute of the Arts, 1971-1974), Mullican sattache au thème de la ville afin dinterroger les schémas perceptifs tels que les structure notre rapport à un environnement public, réel ou fictif. Une longue période savère nécessaire pour lélaboration dun vocabulaire de pictogrammes et de couleurs véhiculé par différents supports (bannières, affiches, granit, verre, marbre
) qui, depuis le début des années 80 caractérise sa création. Ainsi, quatre cercles identiques et juxtaposés dans un carré désignent les éléments, deux personnages hautement stylisés en face à face sont identifiés comme ange et démon
Il associe le rouge à la subjectivité, le vert aux éléments, le bleu au monde non structuré, le jaune au monde structuré, le noir et blanc au langage. Puis, peu à peu, Mullican va cartographier sa « cosmologie » en créant de complexes installations où se confrontent différents espaces symboliques au sein dune temporalité trans-historique. À la fin des années 80, un nouveau stade se remarque dans sa création : lintégration de limage de synthèse aux mises en espace. Le City Project se conçoit ainsi comme un immense complexe spatial mêlant réel, imaginaire et virtuel ; le spectateur est invité à le parcourir afin dappréhender ses perceptions et dexplorer les insaisissables frontières entre particulier et universel, subjectivité et objectivité, quotidien et intemporel.
La réalisation : Pour restructurer et valoriser le tissu urbain, Mullican délimite autant daires à requalifier. Des plaques de granit (50 x 50 cm) balisent le trajet de luniversité au Jardin Botanique. Leur plan horizontal présente des éléments de signalétique pluriels : universel, emprunté au vocabulaire de lartiste, ou encore conçu par les riverains eux-mêmes. Situées en hauteur ou au sol, mais toujours en des lieux signifiants, cinq uvres néons ou sculptures , renforcent ce premier code visuel. Si le passant dans la ville sinscrit dans un relation fugace à son environnement, Mullican choisit des emplacements tous emprunts dune dimension historique eu égard de la vie du quartier afin de susciter une autre relation perceptive à la temporalité. Enfin, dans le Jardin Botanique, une série de bas-reliefs scande un trajet menant au lycée Baggio, un établissement occupant les locaux de lancienne institut Diderot, où une dernière uvre balise le parcours. Porteuse dune autre codification visuelle, celle-ci pointe la symbolique relative à la dimension encyclopédique du savoir revendiqué par le célèbre philosophe, cosmogonie rationnelle ainsi ouverte à la subjectivité de lartiste. Mullican crée un langage de signes porteur de différents registres spatio-temporels à même de sensibiliser la population, et ce, de manière individuelle et collective, au sens des relations entre signifiant et signifié, inhérent à tout système de communication.
Annie Claustres, critique et historienne dart
Quelques indications sur Matt Mullican et son travail, Denis-Laurent Bouyer

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