Matt Mullican

Quartier de Lille-Moulins,
parcours entre la Faculté de droit et le Jardin Botanique
printemps 2004
Programme « Nouveaux commanditaires »
de la Fondation de France


S. Brink, H. Coqueret,
S. Magnin, E. Maltaverne,
G. Motte, B. Persat
Dragoon Paper Club

Tracy Mackenna et
Edwin Janssen
Growth, Form and the Inevitability of Herself

Jan Kopp
Changer une minute

Matali Crasset
Capsule

Matt Mullican

Kieckens/Nannucci
MDA

Laurent Tixador
Total Symbiose II

Lise Autogena
Miroirs acoustiques

Kenny Hunter
Animal Virtues

Philippe Bazin
Vues imprenables

Sadaharu Horio




Une signalétique inédite requalifie le tissu urbain d’un quartier de Lille et offre un nouveau système de communication aux différents groupes de population.

La commande : Depuis 1995, le département de Droit affilié à l’université de Lille 2 occupe, au cœur du quartier populaire de Moulins, les locaux d’un ancien bâtiment industriel réaménagé. La population des étudiants ne s’intègre que fort peu avec celle du quartier. Par ailleurs, le Jardin Botanique, situé à proximité de cette partie de la ville, tout en en étant séparé par une route nationale, n’est que fort peu fréquenté dans la mesure où aucune signalétique précise, n’en mentionne l’existence. Le doyen de la faculté souhaite intégrer pleinement son établissement dans le tissu social et permettre aux différents groupes de population de se rencontrer. Des manifestations ponctuelles de type socio-culturelles ont déjà été mises en place dans ce but. Afin de mener à bien son projet et de susciter un vrai changement dans les attitudes, il envisage, en collaboration avec le Foyer de jeunes travailleurs et de l’Atelier populaire d’urbanisme, de faire intervenir un artiste pour requalifier et valoriser le tissu urbain et social. Une sensibilisation à l’art contemporain, tant dans les écoles, que par l’intermédiaire de la Médiathèque ou de la Maison du quartier, accompagne ce projet, à même de rassembler la population autour d’une même perspective.

L’artiste : le médiateur propose de faire intervenir Matt Mullican. Dès ses premières performances réalisées alors qu’il est encore étudiant (California Institute of the Arts, 1971-1974), Mullican s’attache au thème de la ville afin d’interroger les schémas perceptifs tels que les structure notre rapport à un environnement public, réel ou fictif. Une longue période s’avère nécessaire pour l’élaboration d’un vocabulaire de pictogrammes et de couleurs véhiculé par différents supports (bannières, affiches, granit, verre, marbre…) qui, depuis le début des années 80 caractérise sa création. Ainsi, quatre cercles identiques et juxtaposés dans un carré désignent les éléments, deux personnages hautement stylisés en face à face sont identifiés comme ange et démon… Il associe le rouge à la subjectivité, le vert aux éléments, le bleu au monde non structuré, le jaune au monde structuré, le noir et blanc au langage. Puis, peu à peu, Mullican va cartographier sa « cosmologie » en créant de complexes installations où se confrontent différents espaces symboliques au sein d’une temporalité trans-historique. À la fin des années 80, un nouveau stade se remarque dans sa création : l’intégration de l’image de synthèse aux mises en espace. Le City Project se conçoit ainsi comme un immense complexe spatial mêlant réel, imaginaire et virtuel ; le spectateur est invité à le parcourir afin d’appréhender ses perceptions et d’explorer les insaisissables frontières entre particulier et universel, subjectivité et objectivité, quotidien et intemporel.

La réalisation : Pour restructurer et valoriser le tissu urbain, Mullican délimite autant d’aires à requalifier. Des plaques de granit (50 x 50 cm) balisent le trajet de l’université au Jardin Botanique. Leur plan horizontal présente des éléments de signalétique pluriels : universel, emprunté au vocabulaire de l’artiste, ou encore conçu par les riverains eux-mêmes. Situées en hauteur ou au sol, mais toujours en des lieux signifiants, cinq œuvres — néons ou sculptures —, renforcent ce premier code visuel. Si le passant dans la ville s’inscrit dans un relation fugace à son environnement, Mullican choisit des emplacements tous emprunts d’une dimension historique eu égard de la vie du quartier afin de susciter une autre relation perceptive à la temporalité. Enfin, dans le Jardin Botanique, une série de bas-reliefs scande un trajet menant au lycée Baggio, un établissement occupant les locaux de l’ancienne institut Diderot, où une dernière œuvre balise le parcours. Porteuse d’une autre codification visuelle, celle-ci pointe la symbolique relative à la dimension encyclopédique du savoir revendiqué par le célèbre philosophe, cosmogonie rationnelle ainsi ouverte à la subjectivité de l’artiste. Mullican crée un langage de signes porteur de différents registres spatio-temporels à même de sensibiliser la population, et ce, de manière individuelle et collective, au sens des relations entre signifiant et signifié, inhérent à tout système de communication.

Annie Claustres, critique et historienne d’art

Quelques indications sur Matt Mullican et son travail, Denis-Laurent Bouyer


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