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En arrivant là-bas, j'ai revu les cercles de fleurs blanches qui marquent les emplacements d'anciens igloos. L'un d'entre eux était coupé par un écoulement d'eau et en allant voir de plus prés la stratigraphie hérissée d'ossements de phoques qui se dessinaient dessous, j'ai fait une découverte des plus intéressantes parmi les déchets qui avaient roulé sur la pente : une pelle. Enfin, c'est après avoir retourné cet objet insolite assez longtemps que j'en ai tiré cette conclusion. Elle se présente sous la forme d'une omoplate de cétacé d'une trentaine de cm qui a été coupée en deux sur son épaisseur et retaillée sur les côtés. Ce qui a confirmé mon interprétation, c'est que de nombreuses griffures couvrent l'avant, laissées par le frottement sur des cailloux. La différence entre elle et un vieil os est très tenue mais heureusement, j'ai un il parfaitement affûté pour ces choses-là. Par la suite, tout exalté, j'ai quand même rejoint la mer avec ma somptueuse découverte en main comme si j´allais à la plage pour faire des pâtés. J'ai cherché un endroit de mise à l'eau, mais les fonds descendent très lentement et il me faudrait, dans l'idéal, 80 cm de profondeur sans avoir à me mouiller pour faire partir l'iceberg. J'ai donc arpenté toute la plage du haut de la falaise et fini par trouver un endroit plutôt satisfaisant où s'est formé une jetée naturelle. En revanche, l'eau y est tellement profonde qu'elle forme un gouffre immédiatement noir. C'est le seul accès praticable et je crains que mon engin ne soit pris d'une envie de couler ici. S'il est trop impressionné d'appréhender la mer et ses confrères de glace, il disparaîtra d'un coup dans ces profondeurs insondables à la rencontre des divinités Inuits qui peuplent les fonds.

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20h00
je suis juste de retour de mon 1er essai. L'acheminement de l'iceberg par les marais est moins facile que je le pensais. Les roues bloquent souvent dans des trous d'eau ou sur des pierres cachées dans les herbes, mais on peut dire que le chariot répond parfaitement à sa fonction. Il sautille derrière moi sans donner un signe de faiblesse. Quand je dis que ça n'a pas été facile, ce n'est pas d'avoir tiré l'engin pendant une heure et demie, aller et la même chose retour, mais surtout d'avoir été accompagné pendant le trajet par 100 000 foutus moustiques de merde. Certains, par manque d'espace se j'etaient dans ma bouche, mes oreilles ou même dans mes yeux. Il va sans dire que j étais pressé d'arriver à destination et que mes pauses ont été rares. Hier, je n'en avais pas vu un seul, je n'ai donc mis du répulsif avant de partir qu'a titre préventif et en faible quantité. La prochaine fois, j'emporte la bombe et je m'en asperge goulûment. S'ils deviennent trop nombreux, j'en balancerai quelques bonnes giclées en l'air pour créer la discorde parmi eux. Arrivé à la mer, j'ai mis mon iceberg à l'eau. Ce qui m'a tout de suite sauté aux yeux, c'est qu'il est plus jaune que les autres. Ce n'est, malgré tous mes efforts que de la résine. En tout cas, ça marche, ça ne coule pas et l'on peut même dire qu'il a du tonus en comparaison des locaux qui se contentent de rester immobiles. Je suis resté une bonne heure à faire des ronds arctiques dans la mer puis, sans m'y attendre, alors que je lui faisais rejoindre le bord, j'ai heurté un rocher, poussé par une vague lente et douce mais puissante. Première avarie : la partie saillante de la quille est enfoncée et crevée sur deux bons centimètres. Heureusement, la double coque a fait son office, l'engin s'est maintenu à la surface, et la machinerie électrique n'a subi aucun dommage. Demain de toutes façons, c'est repos et j'en profiterai pour faire les réparations avec un petit nécessaire de résine polyester que j'ai emporté. Coup violent, trou béant, à l'avenir, je serai plus prudent. Pour mon repas de ce soir, je vais préparer 500 g de phoque acheté avant mon départ pour la baie.

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